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Les travailleurs sociaux luxembourgeois face à la crise sanitaire

Nous, travailleurs sociaux, sommes en général discrets et faisons notre travail sans beaucoup de publicité. Pendant cette crise sanitaire, nous sommes restés à nos postes tout en adaptant notre présence et notre manière de travailler pour assurer la continuité de nos services. Ces adaptations n’ont pas toujours été faciles et entrainent un certain nombre de challenges et questions.

Les différents services et institutions se sont adaptés rapidement à la crise COVID19, la plupart des travailleurs sociaux interrogés ont travaillé la plus grande partie de leur temps en télétravail. Chez Dominique qui travaille dans un Office social, un roulement a été instauré pendant le confinement pour l’accueil du public, à tour de rôle, sur place à l’Office. L’accueil était réservé à la signature de documents dans le cadre de situations urgentes. Des mesures de sécurité sont observées telles que le nettoyage régulier des éléments en contact avec le public. Ils avaient la chance de disposer d’un guichet vitré à l’accueil avant la crise. 

Pour Lis, qui travaille dans l’accompagnement socio-éducatif, le travail est maintenu par mail et téléphone. Une visite de logement a été organisée via vidéo-conférence. Pour le travail de médiation, plus ou moins la moitié des entretiens continuent par Skype, Zoom, WhatsApp…

Elle donne aussi un coup de main dans un Centre de Soins Avancés au sein de l’équipe psy.

Chez Mireille qui exerce dans un service social de Lycée, au début, des permanences ont été organisées mais elle ont été annulées dès la 3ème semaine parce que les élèves ne venaient plus à l’école. Le travail a ensuite été entièrement réorganisé via mail et téléphone. Rien n’était prévu pour une telle situation, c’est donc le téléphone personnel qui a été mobilisé. Tous les services sociaux ne prévoient pas de téléphones portables pour leur personnel. Il a fallu contacter tous les élèves qui ont « disparu » des radars et dont les enseignants n’avaient plus de nouvelles. Beaucoup de ces élèves n’étaient pas connus du service social avant la crise. Cela a compliqué les choses car il s’agissait de créer une relation uniquement par téléphone. La plupart de ces élèves dont on a été sans nouvelles n’avaient pas décrochés mais souffraient soit d’un problème de réseau soit d’un manque de matériel pour accéder aux services à distance. Quand il s’agissait d’un problème matériel, un laptop leur a été envoyé. Pour quelques-uns, il s’agissait réellement d’un problème de démotivation. On peut se poser la question de pourquoi ils n’avaient pas été signalés au service social avant la crise ? Cela n’avait-il pas été diagnostiqué ? 

Le contact est aussi maintenu dans les équipes et les institutions via différents systèmes de vidéo-conférences. Ces moyens sont appréciés par les équipes pour échanger et garder le lien.

La question de la signature originale des documents pose parfois problème et beaucoup de travailleurs sociaux ont dû se déplacer pour récupérer une signature importante. Certains ont pu résoudre le problème par le recours aux documents au format PDF. Sous réserve bien sûr que les personnes qui reçoivent les documents disposent du matériel requis. 

Dans l’institution de Sarah, notre collègue qui travaille avec les réfugiés, ils ont assuré une présence lors de la 1èRe semaine de confinement. Il y avait beaucoup de travail à ce moment-là mais à partir de la 3èmesemaine, les demandes ont chuté drastiquement. On a noté que les réfugiés se sont montrés très respectueux des consignes et du confinement. Dès la 2ème semaine de confinement, le personnel est passé au télétravail et certains collègues ont été transférés vers d’autres services qui étaient en manque de personnel. Ils ont aussi mis en place des réunions en ligne et peuvent mobiliser leurs traducteurs par ce moyen quand c’est nécessaire. 

Les personnes qui bénéficient de leurs services se sont montrées très respectueuses du confinement, sensibilisées et très compréhensives. C’est un constat partagé par les autres assistants sociaux, on a d’ailleurs pu constater la même chose en général avec les migrants de nos différents services. On constate malheureusement aussi que les réfugiés ont souffert d’un plus haut taux d’infection. Une page spéciale sur Facebook a été instaurée par le service pour les réfugiés en arabe et tigrigna pour faire passer les informations importantes sur les mesures décidées par le gouvernement. Cela a bien fonctionné.

Elton travaille au sein d’un Office social. Son institution s’est d’abord divisé en 3 équipes réparties sur leurs différents sites. Ensuite tout le monde est passé au télétravail. Le lien est assuré par des réunions en visioconférence. Le plus difficile actuellement, c’est l’accompagnement à distance des clients. Surtout quand il s’agit de nouvelles personnes. La communication à distance est plus compliquée. Difficile de bien se faire comprendre et d’expliquer sans se voir face à face. Comment se passer du non verbal pour identifier ce que l’autre veut nous dire, être certain d’avoir compris sa demande ? 

Fabrice exerce quant à lui dans un service de santé mentale avec des jeunes. Dans son service, on travaille un jour sur deux en présentiel. Ce qui lui a semblé difficile, ce sont les règles parfois trop rigides qui ont été mises en place à certains endroits, sans concertation. Les jeunes de son service n’avaient par exemple même plus le droit d’aller dans la cour et ce pendant deux semaines. Les contacts avec les parents sur le site ont été prohibés et remplacés par des contacts via Skype. 

Pour Mich qui travaille dans un service de logement social, ce qui était compliqué à gérer c’étaient les déménagements prévus de personnes qui quittent ou prennent possession de leur logement social. On essaye de se limiter aux urgences et de réduire au maximum les contacts en préparant les états des lieux à l’avance sans les clients par exemple. On tente de garder le contact avec tous les locataires par téléphone pour vérifier que tout se passe bien. Un client âgé qui n’a pas de téléphone et dont les lieux de vie importants ont été fermés, comme son café habituel, a posé un challenge supplémentaire. Il ne répond pas toujours à la sonnette non plus. C’était déjà un problème avant la crise, la crise rend davantage visible une situation en équilibre instable.  

Par rapport à la question de savoir si certaines personnes de nos publics sont plus abandonnés ou en difficulté qu’avant, nous nous demandons si c’est vraiment le cas ? Cette crise ne fait que mettre en lumière des problèmes qui existent toute l’année en temps normal et qui ne choquent pas ou plus les gens d’habitude. Est-ce que par exemple les enfants des familles en difficulté reçoivent une aide particulière pendant les grandes vacances ou ils sont aussi livrés à eux-mêmes ? Est-ce que cela ne remet pas en lumière des problèmes de fond ?

Photo by Pille-Riin Priske on Unsplash

Message d’une de nos membres concernant la pétition “Instauration d’un droit au télétravail” – Pétition 1556

« Den 19/04/2020 ass eng Petitioun an der Chamber deposéiert ginn betreffend  “Instauration d’un droit au télétravail” – Pétition 1556 –https://www.chd.lu/wps/portal/public/Accueil/TravailALaChambre/Petitions/SignerPetition 

* Wann Interesse  bei verschiddenen Berufskollegen/innen do ass, dat den administrativen/konzeptuellen/reflexiven Volet vun der Sozialer Aarbecht zukünfteg deels am Kader vum Télétravail kann gemaach ginn – opgrond vun positiven Erfarungen, hisiichtlech dem Bien-être au travail an der Qualité vum travail,oder/an,

* Wann een dofir ass dat zukünfteg manner Autoen op der Strooss sollen ënnerwee sinn mat allen positiven Konsequenzen fir Trafic an Ëmwelt, wollt ech froen des Petitioun ze ënnerstëtzen an den Link vun der Petitioun un all interesséiert Léit weiderzeleeden. Ech soen Merci am viraus.

Mbg,
Nadine Adams »

Invitation – Questionnaire sur la crise COVID19 et le travail social à Luxembourg

Questionnaire sur les défis éthiques, les challenges et les réussites expérimentées par les travailleurs sociaux luxembourgeois pendant la pandémie COVID-19, proposé par l’Association Nationale des Assistante)s Sociaux et Infirmier(e)s gradués du Grand-Duché de Luxembourg, l’ANASIG. 
Nous vous invitons à partager votre expérience pour évaluer quels sont les besoins des travailleurs sociaux pendant cette crise COVID-19 au Luxembourg, ce qui a fonctionné, ce qui vous a manqué et ce qui sera utile pour l’avenir.
Ce questionnaire est entièrement anonyme et son traitement restera strictement à usage interne. 

Lien vers le questionnaire en ligne :

https://forms.gle/dLADmjAc9ij1MQH8

Information importante concernant la santé mentale en période de crise COVID19

Madame, Monsieur,
Cher(e) collègue,

Nous avons le plaisir d’annoncer que le site covid19-psy.lu est désormais disponible en trois langues. Dorénavant les internautes trouveront des informations utiles sur la santé mentale en période de crise sanitaire en langues française, allemande et anglaise. Les citoyens ainsi que le personnel de santé y trouveront les contacts des services de soutien, des recommandations pour préserver sa santé mentale ainsi que des réponses à des questions fréquemment posées.

Une rubrique pour les professionnels de santé est disponible et sera actualisée régulièrement sur le site. La crise sanitaire actuelle met en effet les soignants face à de nouveaux défis pour favoriser le bien-être mental et psychosocial des patients. Le personnel soignant au contact avec des malades atteints par la COVID-19 est par ailleurs exposé à des situations stressantes, voire traumatisantes : risque de contamination, patients en détresse, surcharge de travail et nouvelles procédures s’ajoutant pour certains à des difficultés personnelles. Tout cela peut fragiliser l’équilibre émotionnel du soignant.

Nous comptons sur vous pour diffuser largement l’existence du site covid19-psy.lu et restons à votre disposition pour répondre à des questions éventuelles.

Lien vers le site : www.covid19-psy.lu 
Dr Fränz D’Onghia PhD                                                  
Chargé de Direction                                                                         
Docteur en Psychologie

Déclaration de l’ANASIG sur la crise COVID19

L’Anasig salue et remercie tous les travailleurs sociaux et travailleurs de 1ère ligne mobilisés pendant cette crise du COVID19. Nous assistant(e)s socia(ux)ales sommes des travailleurs discrets, souvent des travailleurs de l’ombre mais toujours présents aux côté des plus fragiles tout au long de cette crise. Même si cette présence a dû en partie prendre d’autre formes, même si nous avons du réduire nos services, travailler davantage à distance, nous sommes toujours là pour nos bénéficiaires. Cette crise a demandé des sacrifices à certains d’entre nous et des adaptations pas toujours évidentes. Nous en sommes en conscient et essayons de relayer vos demandes du terrain le mieux possible. Tant que cette crise n’est pas derrière nous nous devons collaborer à la diffusion des informations utiles et assurer notre protection et celles des personnes que nous rencontrons au travers de nos emplois. Nous travailleurs sociaux sommes un élément clé dans la diffusion des réflexes de prévention et de protection de tous.

Après cette crise, nous nous montrerons vigilants afin que nos bénéficiaires et nos collègues ne soient pas oubliés et que la solidarité ne s’arrête pas quand nous en aurons le plus besoin. Nous devons rester vigilants sur la protection de notre système de santé et de protection sociale dont nous avons hérité et qui nous a été utile durant cette crise. Les conséquences de cette crise ne doivent pas être portés uniquement par les plus défavorisés et par les victimes de cette crise. Nous aurons sans doute besoin de toutes les bonnes volontés pour affronter les conséquences sociales de cette crise. 

Déclaratioun vun der ANASIG zu der COVID-19 Kris

D’Anasig begréisst a seet Merci all deene Sozialaarbechter/innen an Intervenants’en aus der éischter Rei déi während der COVID-19 Kris mobiliséiert sin. Mir Sozialaarbechter/innen sin diskret, schaffen oft am Hannergrond an sin dach emmer präsent un der Sait vun deenen Schwächsten och an deser Kris. Och wann déi Präsenz deels aner Formen huet missten unhuelen, och wann mir eis Servicer deels missten reduzéieren andeems mir méi op Distanz hun missten schaffen, sin mir emmer nach fir eis Bénéficiairen do. Déi heiten Kris huet muncher vun eis Opfer ofverlaangt an och Upassungen déi net emmer sou einfach woren. Mir sin eis dees bewosst an versichen, är Ufroen aus der Praxis esou gudd wéi méiglech weiderzeleeden. Soulaang des Kris net gemeeschtert as sollen mir bei der Verbreedung vun netzlechen Informatiounen zesummenschaffen an eise Schutz, an den Schutz vun de Menschen déi mir duerch eis Aarbecht begéinen, secherstellen. Mir Sozialaarbechter/innen  sind d’Schlesselelement bei der Verbreedung vun de präventiven Reflexer zum Schutz vun ons all. 

No deser Kris wärten mir wachsam sin, fir dat eis Bénéficiairen an eis Kollegen net vergiess gin an fir dat d’Solidaritéit net ophéiert wann mir se am meeschten bräuchen. Mir mussen wachsam bleiwen, fir eis geiewtent Gesondheets – an Sozialschutzsystem ze schützen dat ons an deser Kris immens gudd Dengschter geleescht huet. D’Suiten vun der Kris därfen net eleng von deenen am stärksten Benodeelegten an den Opfer vun der Kris gedroen gin. Mir wärten zweifelslos all gudde Wëllen bräuchen deen mir opbrengen kennen, fir matt den sozialen Folgen vun deser Kris eens ze gin.

Prise de décision éthique face au COVID-19 pour travailleurs sociaux

7 avril 2020, adapté en français depuis la publication de l’IFSW

La crise COVID 19 met les travailleurs sociaux au défi dans le monde entier alors qu’ils continuent d’exercer leurs fonctions professionnelles. Même dans des situations de confinement, de nombreux professionnels envisagent de ou doivent rencontrer des clients dans leur communauté, dans leurs bureaux ou travaillent à proximité de clients dans d’autres types de contextes tels que les écoles et les hôpitaux. Dans un contexte de pénurie de ressources et dans de nombreux endroits un manque d’équipement de sécurité, les travailleurs sociaux doivent prendre des décisions difficiles concernant les contacts en personne avec leurs clients. Nos principes éthiques peuvent servir de boussole pour guider vos délibérations.

Téléchargez ici le document PDF (en anglais)

Il est important de noter le principe éthique 3.4 : les travailleurs sociaux doivent être conscients des situations qui pourraient menacer leur propre sécurité et ils doivent faire des choix judicieux dans de telles circonstances. Les travailleurs sociaux ne sont pas obligés d’agir quand cela les mettrait eux-mêmes en danger . À l’heure actuelle, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Center for Disease Control (CDC) ont indiqué que le COVID-19 est très contagieux mais que les pratiques préventives peuvent réduire vos chances de l’attraper et également protéger ceux qui vous entourent.

Les travailleurs sociaux peuvent réduire leurs risques d’être infectés ou de propager COVID-19 en prenant quelques précautions simples recommandées par l’OMS:

  • Nettoyez régulièrement et soigneusement vos mains avec un désinfectant à base d’alcool ou lavez-les à l’eau et au savon. 
    Pourquoi? Se laver les mains à l’eau et au savon ou utiliser un désinfectant à base d’alcool tue les virus qui peuvent se trouver sur vos mains.
  • Maintenez une distance d’au moins 2 mètres (6 pieds) entre vous et les autres et plus de distance si quelqu’un tousse ou éternue. 
    Pourquoi? Lorsqu’une personne tousse ou éternue, elle pulvérise de petites gouttelettes liquides de son nez ou de sa bouche qui peuvent contenir le virus. Si vous êtes trop près, vous pouvez respirer les gouttelettes, y compris le virus COVID-19 si la personne qui tousse a la maladie.
  • Évitez de vous toucher les yeux, le nez et la bouche. 
    Pourquoi? Les mains touchent de nombreuses surfaces et peuvent attraper le virus. Une fois contaminées, les mains peuvent transmettre le virus aux yeux, au nez ou à la bouche. De là, le virus peut pénétrer dans votre corps et vous rendre malade.
  • Assurez-vous que vous et les personnes qui vous entourent suivez une bonne hygiène respiratoire. Cela signifie vous couvrir la bouche et le nez avec vos coudes ou vos tissus pliés lorsque vous toussez ou éternuez. Jetez immédiatement le tissu utilisé. 
    Pourquoi? Les gouttelettes propagent des virus (ou le virus). En suivant une bonne hygiène respiratoire, vous protégez votre entourage des virus tels que le rhume, la grippe et le COVID-19.
  • Restez à la maison si vous ne vous sentez pas bien. Si vous avez de la fièvre, de la toux et des difficultés respiratoires, consultez un médecin et appelez à l’avance. Suivez les instructions de votre autorité sanitaire locale. 
    Pourquoi? Les autorités nationales et locales disposeront des informations les plus récentes sur la situation dans votre région. Un appel à l’avance permettra à votre fournisseur de soins de santé de vous diriger rapidement vers le bon établissement de santé. Cela vous protégera également et aidera à prévenir la propagation du virus ou des autres infections.
  • Restez à jour sur les derniers hotspots COVID-19 (villes ou zones locales où le COVID-19 se propage largement). 
    Pourquoi? Vous avez plus de chances d’attraper COVID-19 dans les hotspots.

(Téléchargé sur le site Web de l’OMS, 1er avril 2020.)

Face à la décision d’avoir ou non un contact en face à face avec les clients, les travailleurs sociaux devraient être guidés par la manière de garantir la sécurité de toutes les personnes. Lorsque les travailleurs sociaux rencontrent des clients, ce n’est pas seulement eux et leurs clients qui sont mis en danger, il y a aussi un risque d’infecter de nombreuses autres personnes, car le travailleur social et le client auront probablement des contacts avec de nombreuses autres personnes

Les questions suivantes pourraient aider à guider les travailleurs sociaux à résoudre le dilemme de l’équilibre entre les directives de santé publique et les obligations éthiques envers les clients.

  1. Existe-t-il une politique, des consignes institutionnelles qui a ont été élaborés pour aider à déterminer comment pratiquer en toute sécurité pendant cette période de pandémie de COVID-19? (Si ce n’est pas le cas, envisagez de plaider pour l’élaboration d’une telle politique. Aucun professionnel ne devrait avoir à prendre individuellement une décision sur le risque. Réfléchissez à la meilleure façon d’exprimer vos besoins de manière professionnelle et éthique.)
  2. Si un contact client-travailleur est jugé nécessaire par vous et votre équipe, que pouvez-vous faire pour réduire la possibilité de contracter ou de propager le virus?
  3. Avez-vous accès aux mesures de protection dont vous auriez besoin pour établir un contact en personne aussi sûr que possible (par exemple, masque, gants appropriés, capacité de lavage / désinfection des mains, capacité de désinfecter l’espace de bureau ou la voiture).
  4. Dans les situations où aucun EPI n’est disponible, existe-t-il un autre moyen de réaliser une intervention de travail social sans contact client-travailleur?
  5. Outre les mesures de protection à prendre, quels risques supplémentaires peuvent exister? En ce qui concerne le transport, que ce soit en transports en commun ou en voiture, quels protocoles de sécurité votre institution ou équipe a-t-elle mis en place pour les situations où les travailleurs sociaux travaillent à moins de 2 mètres les uns des autres? (Veuillez noter qu’il existe un consensus général selon lequel un masque doit être porté lorsque vous travaillez à une telle proximité).

Dans le cas où votre organisation, votre employeur insiste sur le fait que vous devez voir vos clients en personne, quoi qu’il arrive, vous avez le droit d’articuler les principes éthiques de l’IFSW, en particulier le principe 3.4, Contester les politiques et pratiques injustes, qui stipule que : les travailleurs sociaux s’efforcent d’apporter à l’attention de leurs employeurs, décideurs, politiciens, les situations publiques dans lesquelles les politiques et les ressources sont inadéquates ou dans lesquelles les politiques et pratiques sont oppressives, injustes ou nuisibles. Ce faisant, les travailleurs sociaux ne doivent pas être pénalisés.

Les travailleurs sociaux doivent être conscients des situations qui pourraient menacer leur propre sécurité et leur sécurité et ils doivent faire des choix judicieux dans de telles circonstances. Les travailleurs sociaux ne sont pas obligés d’agir quand cela les mettrait en dangerVotre stratégie de prise de décision devrait également inclure l’intégration de votre code national d’éthique, ou code de déontologie ainsi que la recherche d’avis éthiques, médicaux, juridiques et autres, le cas échéant.

Si, après avoir soigneusement réfléchi à vos décisions et aux circonstances organisationnelles liées au service à vos clients, vous avez déterminé qu’il est nécessaire d’avoir un contact en personne avec votre client, assurez-vous de faire tout ce que vous pouvez pour suivre les directives qui sont approprié au contact en personne que vous prévoyez d’avoir.

Une dernière note à examiner concerne le principe 9.6 : Les travailleurs sociaux ont le devoir de prendre les mesures nécessaires pour prendre soin d’eux-mêmes sur le plan professionnel et personnel sur le lieu de travail, dans leur vie privée et dans la société.

Pour savoir comment d’autres travailleurs sociaux dans le monde réagissent au virus COVID-19, veuillez visiter le site Web de l’IFSW.

Préparé par Kathryn Conley Wehrmann, Ph.D. LCSW

Responsable de l’information IFSW Corona Virus

ÉPIDÉMIE DE CORONAVIRUS (COVID-19): DROITS, RÔLES ET RESPONSABILITÉS DES PROFESSIONNELS DE LA SANTÉ, Y COMPRIS LES CONSIDÉRATIONS CLÉS POUR LA SÉCURITÉ ET LA SANTÉ AU TRAVAIL (OMS)

Résumé et traduction d’un document intéressant publié par l’OMS sur les droits et les responsabilités des professionnels de la santé, y compris les mesures spécifiques nécessaires pour protéger la sécurité et la santé au travail pendant la crise COVID19.

Droits, rôles et responsabilités des agents de santé, y compris la sécurité et la santé au travail

Les agents de santé sont en première ligne de toute intervention en cas d’épidémie et, en tant que tels, sont exposés à des risques qui les exposent à un risque d’infection par un agent pathogène de l’épidémie (dans ce cas le COVID-19) . Les dangers comprennent l’exposition aux agents pathogènes, les longues heures de travail, la détresse psychologique, la fatigue, l’épuisement professionnel, la stigmatisation et la violence physique et psychologique. Ce document met en évidence les droits et responsabilités des agents de santé, y compris les mesures spécifiques nécessaires pour protéger la sécurité et la santé au travail.

Les droits des agents de santé comprennent que les employeurs et les gestionnaires des établissements de santé:

• assument la responsabilité globale de veiller à ce que toutes les mesures de prévention et de protection nécessaires soient prises pour minimiser les risques pour la sécurité et la santé au travail;

• des informations, des instructions et une formation sur la sécurité et la santé au travail, notamment:

  • une formation de recyclage sur la prévention et le contrôle des infections;
  • utiliser, mettre, enlever et jeter l’équipement de protection individuelle (EPI)

• fournir des moyens de protection adéquats (masques, gants, lunettes, blouses, désinfectant pour les mains, savon et eau, produits de nettoyage) en quantité suffisante pour le personnel en contact avec le public

• familiariser le personnel avec les mises à jour techniques sur le COVID-19, partager les informations sur la prévention et le contrôle des infections avec le public;

• au besoin, fournir des mesures de sécurité appropriées pour la sécurité personnelle;

• conseiller les travailleurs sur l’auto-évaluation, la notification des symptômes et le maintien à la maison en cas de maladie;

• maintenir des heures de travail appropriées avec des pauses;

• consulter les professionels de santé sur les aspects de sécurité et de santé au travail de leur travail et informer l’inspection du travail des cas de maladies professionnelles;

• ne pas être obligé de retourner dans une situation de travail où il existe un danger persistant ou grave pour la vie ou la santé du travailleur, jusqu’à ce que l’employeur ait pris les mesures correctives nécessaires;

• permettre aux travailleurs d’exercer leur droit de se retirer d’une situation de travail quand ils ont une justification raisonnable de croire qu’elle représente un danger imminent et grave pour leur vie ou leur santé. Lorsqu’un agent de santé exerce ce droit, il doit être protégé contre toute conséquence indue;

• respecter le droit à une indemnisation, à une réadaptation et à des services curatifs en cas d’infection au COVID-19 suite à une exposition sur le lieu de travail. Cela serait considéré comme une exposition professionnelle et la maladie qui en résulterait serait considérée comme une maladie professionnelle,

• donner accès à des ressources de santé mentale et de conseil, de supervision

• permettre la coopération entre la direction et les travailleurs et / ou leurs représentants.

Les agents de santé devraient:

• suivre les procédures établies en matière de sécurité et de santé au travail, éviter d’exposer les autres à des risques pour la santé et la sécurité et participer aux formations sur la sécurité et la santé au travail dispensées par l’employeur;

• traiter les bénéficiaires/patients avec respect, compassion et dignité;

• préserver la confidentialité des bénéficiaires/patients;

• suivre rapidement les procédures établies de notification en matière de santé publique des cas suspects et confirmés;

• fournir ou renforcer les informations précises sur la prévention et le contrôle des infections et la santé publique, y compris aux personnes concernées qui ne présentent ni symptômes ni risque;

• mettre, utiliser, enlever et éliminer correctement les équipements de protection individuelle;

• auto-surveiller les signes de maladie et s’isoler ou signaler la maladie aux gestionnaires, le cas échéant;

• avertir la direction si elle éprouve des signes de stress indu ou des problèmes de santé mentale qui nécessitent des interventions de soutien;

• signaler à son supérieur immédiat toute situation dont il a des motifs raisonnables de croire qu’elle présente un danger grave et mortel pour la vie ou la santé.

Source OMS en anglais : https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/who-rights-roles-respon-hw-covid-19.pdf?sfvrsn=bcabd401_0

Déclaration de l’IFSW Europe sur la crise Covid 19

4 avril 2020

« La pandémie du Covid 19 est un événement sans précédent dans la vie de la plupart des personnes aujourd’hui. C’est un défi extrême car sa portée ne connaît pas de frontières et ne fait de pas distinction entre les membre de la société. Notre mode de vie a radicalement changé ces dernières semaines alors que de plus en plus de citoyens se retrouvent en «lock-out» tandis que d’autres tombent malades en Europe. Outre le risque encouru pour la santé, les éléments sociaux et économiques de la vie sont déjà gravement endommagés et les retombées de cette situation dureront probablement pendant une période de temps considérable. Tous les groupes vulnérables courent un risque important des conséquences de cette crise.

Le Conseil européen a déclaré le 26 Mars que ce défi « exige une action urgente, décisive et complète à l’UE, aux niveaux national, régional et local». Le Conseil a également déclaré qu’il « fera tout ce qui est nécessaire pour protéger… les citoyens et surmonter la crise ».

IFSW Europe soutient l’engagement du Conseil européen d’organiser une réponse coordonnée à cette crise et appelle le Conseil et les autres organes de l’Union européenne à agir immédiatement. L’IFSW salue les récentes initiatives de la Commission européenne pour soutenir les pays mais souligne que la réponse doit inclure toutes les personnes et tous les groupes en Europe afin de «ne laisser personne de côté». Les questions relatives aux droits de l’homme et à la justice sociale doivent rester au premier plan de tous les efforts pour faire face à cet événement sans précédent.

Une attention particulière doit être accordée à ceux qui sont le plus à risque dans nos sociétés, notamment les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées, ceux qui ont des problèmes sous-jacents de santé et de santé mentale, les sans-abri, et plus que jamais, les femmes vulnérables à la violence domestique et les réfugiés ou les migrants.

IFSW Europe reconnaît qu’à travers l’Europe, les gouvernements et les citoyens sont en difficulté. Les systèmes de santé de tous les pays subissent d’énormes pressions et les travailleurs sociaux et autres professionnels de la santé et des services sociaux font un travail héroïque pour répondre aux besoins médicaux et sociaux des gens. En effet, la solidarité se manifeste également à travers l’Europe, par exemple dans le grand nombre de personnes qui se portent volontaires pour soutenir les personnes et les familles qui en ont besoin.

Les systèmes de protection sociale, où les travailleurs sociaux jouent un rôle essentiel, ont également été mis à rude épreuve à mesure que le chômage augmente considérablement et qu’un nombre élevé de personnes tombent malades. Ces systèmes doivent également disposer de ressources suffisantes pour faire face à cette catastrophe, maintenant et à l’avenir.

IFSW Europe salue les travailleurs sociaux et tous les autres travailleurs de première ligne qui se mettent en danger dans cette crise pour soutenir les personnes dans le besoin.

Lorsque cette crise sera surmontée, comme elle le sera sans aucun doute, il faudra alors repenser la place des systèmes de santé publique et de protection sociale dans tous les pays d’Europe. Cet examen doit se concentrer sur le principe selon lequel les personnes comptent vraiment plus que toute autre chose, le social doit équilibrer l’économie. Il doit également y avoir un recentrage de manière à donner un sens réel au principe de «ne laisser personne de côté». Les principes du socle européen du droit social doivent avant tout être au cœur de l’avenir de l’Europe. »

Ana Rădulescu – Présidente

John Brennan – Vice-président

Fédération internationale des travailleurs sociaux Europe 02 avril 2020

Lien vers la déclaration originale en anglais sur le site de l’IFSW :